Non-Governmental Organization working for lasting Cease Fire and Peace Process in the Middle East through the Non-Violent Approach
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Aryeh Zalmanovich, né en 1938 mort en captivité fin 2023 dans les tunnels de Gaza |
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Lettre à nos compatriotes chercheurs nobélisés et aux sympathisants des Messageries
20 avril 2024
LES ETRES HUMAINS NE SONT PAS DES MARCHANDISES, DES MONNAIES D’ECHANGE
Nous sommes le premier samedi de mai 2024, et le nouveau doyen des captifs de Gaza est Amiram Cooper, né en 1939. Il fallait aller à Nir Oz, la petite communauté agricole aux portes de Gaza, pour apprendre comment Aryeh Zalmanovich est mort : de faim. Souffrant d’un problème intestinal aigü, il avait besoin d’un traitement continu, et d’un régime médicalisé quotidien pour survivre. A défaut de quoi, il s’est éteint lentement, après quinze semaines de captivité souterraine.
Etait-il un « colon », membre d’une de ces factions extrémistes « religieuses » si ce n’est racistes ? C’était un homme de gauche depuis son adolescence, convaincu des idéaux d’une vie collective, éloignée de toute notion de profit personnel. Fermier, homme aux mains calleuses, passionné du travail de la terre, il se levait tous les jours à quatre heures et demie pour aller labourer, semer, veiller à l’irrigation, récolter.
Après sept mois de guerre, c’est Amiram Cooper, un autre des fondateurs de Nir Oz (en hébreu, Pâture de Puissance), dont la vie est dans l’infâme balance des négociateurs - avec une centaine d’autres civils, kidnappés comme lui, arrachés à leur simple quiétude le matin du 7 octobre 2023. Amiram faisait déjà de l’hypertension, et souffre de problèmes thyroïdaires, d’ulcères.
Or, voici huit jours, dix-huit pays se sont unis pour avancer un plan réel de sortie de crise.
Parmi eux, l’Argentine, le Brésil, la Colombie, la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Angleterre, la Thaïlande, les Etats-Unis.
Le premier point est de ne pas dissocier le sort des otages de celui des habitants de Gaza.
Le second point demande la libération des femmes, des personnes âgées, blessées, malades. En échange de centaines de prisonniers palestiniens, et d’un cessez-le-feu qui soit un premier pas en vue d’autres séries de libérations, et d’un retour dans le Nord des centaines de milliers de personnes déplacées à Rafah.
D’où notre huitième campagne depuis l’an 2000 pour la coexistence entre israéliens et palestiniens, dans son sillage (2000-2001-2005-2007-2015-2018-2023).
APPEL DE JERUSALEM ET NAPLOUSE POUR LA LIBERATION DE TOUS LES OTAGES
Halas ! Khlass ! en hébreu comme en arabe : ASSEZ !
Assez de torture pour les otages et leurs familles !
Assez de torture pour les personnes déplacées, Israéliens et Palestiniens !
Laissez-les rentrer chez eux, panser leurs blessures.
Dix-huit pays appellent à la libération immédiate de tous les otages détenus à Gaza, à commencer par les femmes, les blessés, les personnes âgées, et les malades.
Le sort des otages et celui de la population de Gaza ne font plus qu’un.
Avec les dix-huit, nous soutenons pleinement les négociations en cours pour « ramener nos gens chez eux ».
« Nous parlons de personnes, et il nous faut tous agir, sans délai, pour en finir. *»
* déclaration de l’un des parents d’otage
Lorsque nous répétons ces mots « ramener nos gens chez eux », il va de soi qu’il s’agit des otages israéliens enlevés le 7 octobre, aussi bien que des centaines de milliers de Gazaouis entassés dans ces camps de fortune à Rafah, et qui survivent dans une précarité sans nom.
Maintenant est le moment pour cela. En fait, la guerre s’est arrêtée à Gaza courant janvier. L’armée israélienne a retiré pratiquement toutes ses brigades, ne pouvant supporter un effort militaire aussi soutenu, avec la mobilisation des réservistes ôtés à leurs emplois. La population de Gaza, elle, est privée de salaires depuis l’automne dernier. Les familles survivent en dépendance totale de l’aide caritative internationale, sur des rations alimentaires aléatoires, et notoirement insuffisantes. Pour information, on estime à quarante millions de tonnes de gravats la quantité de débris de béton produits par les bombardements massifs, successifs.
Or il est, bien sûr, faux d’affirmer que les Gazaouis sont « tous Hamas ». La population de Gaza est composée, comme en Cisjordanie, comme n’importe où, de fonctionnaires, d’enseignants aux trois niveaux, d’opticiens, de pharmaciens, de commerçants, etc. Tous, ils subissent leur sort, comme les Français ont subi l’occupation allemande et la collaboration, comme les Allemands, pour leur part, ont subi, passivement, le régime hitlérien.
On peut, sans doute, leur reprocher de ne pas se démarquer assez du double totalitarisme (Hamas & Jihad Islamique) qui régit leurs destinées, mais tant Français qu’Allemands seront mal placés pour instruire ce procès. Combien étaient les résistants, entre 1939 et 1945 ?
IL FAUT OSER NOUS REHUMANISER ET SORTIR DE LA RESIGNATION MAINTENANT.
Il y a plus inquiétant, si un accord n’est pas obtenu très rapidement. Un récent séjour en Cisjordanie a montré un territoire à bout de souffle, exposé à des sanctions collectives indirectes depuis sept mois, sous forme de barrages militaires sur les routes, qui multiplient les temps de trajet par trois, et portent atteinte à toutes les activités les plus essentielles. En mars-avril encore, pour cette raison, les universités étaient vides, les cours n’étaient plus assurés que sur le mode virtuel. Commerces, restaurants, etc ont dû fermer, à défaut de clientèle. De même à Jérusalem, privée de touristes, nombre d’églises, d’hôtels, ont fait porte close, par manque de fréquentation.
Cette situation de punition collective nourrit une tension croissante, et crée un malaise profond, un déficit économique grave, qui ne peut perdurer sans conséquences.
IL FAUT SORTIR DE CETTE LOGIQUE PUNITIVE COLLECTIVISTE ET REHUMANISER LES RAPPORTS.
Sans oublier que l’obstacle premier, pour la paix, c’est le doublon Hamas/Jihad Islamique.
Israël reste divisé entre deux tendances : ceux qui veulent « annihiler le Hamas », représentés par les ministres des finances, de la sécurité nationale, et des colonies – lesquels proviennent des rangs de deux mouvements particulièrement extrêmes, dits « Sionisme Religieux » et « Jewish Power ». Et ceux qui veulent d’abord libérer la centaine d’otages que l’on espère encore vivants. Coûte que coûte.
Or les premiers semblent n’avoir aucune connaissance réelle de la sociologie de Gaza. Court rappel historique : Hamas est bien le problème central depuis sa saisie violente du pouvoir à Gaza en 2007, avec la Bataille de Gaza, en juin, qui a mis en déroute tous les défenseurs laïcs du régime central de Ramallah.
https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Gaza_(2007)
Bref rappel chronologique : dès sa fondation en 1987, le Hamas (acronyme pour Mouvement de Résistance Islamique, signifiant « Zèle ») s’est opposé à la voie pacifique de la majorité sous la direction d’Arafat, l’artisan palestinien des accords d’Oslo de septembre 1993. Leur réponse à Oslo fut de multiplier les attentats en Israël, dès le 4 octobre 1993.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_du_terrorisme_palestinien
De là, essentiellement, par réaction, sont nés Jewish Power, en 2012, et le Parti Religieux Sioniste, né en 1998, qui a fusionné avec Jewish Home en 2023, pour accéder au pouvoir.
LES EXTREMISMES ISRAELIEN ET PALESTINIEN S’ALIMENTENT L’UN L’AUTRE.
Annihiler le Hamas ? C’est oublier que, si ses zélotes comptaient une trentaine de milliers de combattants avant le 7 octobre, ils sont secondés par le Jihad Islamique, avec la moitié de ces effectifs. Jihad Islamique, l’autre visage masqué de la « résistance », piloté par la République Islamique d’Iran. Ensemble, ils sont poussés à se radicaliser davantage encore par une dizaine de groupes islamiques armés en lien avec l’Insurrection du Sinaï, certains inspirés par Al Qaeda et l’Etat Islamique (Daesh), d’autres par des idéologies aussi radicales, et déterminées à la destruction de « l’entité sioniste ».
Les Américains, et nombre d’analystes israéliens, ont compris qu’il ne suffit pas « d’éliminer Hamas » pour pacifier la région, et qu’une opération militaire à Rafah, quel que soit son bilan, ne permettrait pas d’atteindre cet objectif théorique. « Les Etats-Unis ne peuvent ni ne veulent soutenir une opération militaire majeure à Rafah en l’absence d’un plan effectif qui garantisse la sécurité des civils, et nous n’avons pas vu de tel plan. En outre, il existe d’autres moyens – et selon nous, de meilleurs moyens – de traiter le réel problème, continu, que pose le
Hamas, qui n’exigent pas d’opération militaire majeure. » Anthony Blinken, le Secrétaire d’Etat américain, présent à Nir Oz et Erez, le 1er mai.
Ils ont compris, après vingt ans en Afghanistan, ce que nous appellerons l’équation McChrystal (commandant de la Force Internationale en Afghanistan entre 2009 et 2010) : les Math afghanes. « Vous pouvez peut-être en tuer 2 sur 10…. Mais plus vraisemblablement vous en aurez 20 par suite. »
Où 10 – 2 = 20 (par le recrutement des vengeurs)
Voir l’enquête de Michael Hastings, The Operators.
L’armée israélienne a éliminé, selon ses comptes, douze mille terroristes. « Très bien ». En éliminer deux ou trois mille de plus à Rafah, avec « quelques » milliers de civils en dommages collatéraux – femmes, enfants, vieillards… et ajouter des millions de tonnes de gravats au paysage lunaire que devient la Bande de Gaza : quelle logique ?
Lorsque le Hamas et ses alliés ont attaqué massivement toutes les communautés de l’enveloppe de Gaza le 7 octobre, c’était sur la base « tous coupables », quel que soit le sexe, l’âge, l’aspect. Massacrez les tous. Infligez-leur le maximum de souffrance.
IL FAUT SORTIR DE LA MATRICE DE PUNITION COLLECTIVE.
Lorsque nous avons lancé notre Campagne pour la Libération des Otages et une Cessation Durable des Hostilités, en 2023, nous avons signalé le passage obligé pour que les deux peuples puissent coexister en paix : une fin permanente des tunnels d’attaque, et la démilitarisation de la Bande de Gaza. Quittes à appeler de nos vœux la naissance d’un Etat Palestinien démilitarisé, à Gaza comme en Cisjordanie (mars 2024). C’est-à-dire le renoncement à toute stratégie de terreur, suivant en cela les modèles des insurrections irlandaise (IRA) contre l’Angleterre, et basque (ETA) contre l’Espagne.
Début mai 2024, nous sommes au tournant crucial des opérations.
Voilà bientôt quatre mois que l’armée israélienne s’est retirée de Gaza. Une centaine d’otages continuent de croupir dans les geôles souterraines des zélotes gazaouis. Plus d’un million de civils palestiniens survivent comme ils peuvent sous des tentes depuis sept mois – avec un seul distributeur de billets pour eux tous. Dans l’incertitude poignante de retrouver, ou non, leur logement dans le Nord.
Les deux peuples sont traumatisés au plus profond. Otages des circonstances créées par l’occupation israélienne, l’interminable maintien sous tutelle des populations palestiniennes, et l’attaque massive contre Israël du 7 octobre, dans le contexte de l’expansionnisme d’un Islam exclusif et fanatique, qui allie sharia et jihad.
Le tabou de la reconnaissance de l’Etat palestinien : en 2024, 142 états sur 193 ont franchi le pas. Parmi lesquels l’Inde, le Viet Nam, la Russie, la Chine, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Pologne, dès 1988, puis le Brésil, l’Argentine, en 2010, l’Islande en 2011, la Suède en 2014, le Vatican en 2015…
L’obstacle : le recours palestinien à la terreur. Dans ce cadre, l’attaque du 7 octobre retarde d’autant le processus.
Les conclusions du Dr Abou Saada, ex-directeur du Département de Sciences Politiques de l’université Al Azhar de Gaza, aujourd’hui exilé en Egypte :
« Le désespoir prédomine. Gaza ne pourra pas retourner à ce qu’elle était avant la guerre. Il y a beaucoup de colère envers Israël et le Hamas. Nous, les civils non-impliqués, payons le terrible prix de cette guerre. Je peux dire que la colère envers Hamas est plus forte à cause de la destruction, des tueries, des gens disparus sous les bâtiments détruits, des blessés, des hôpitaux hors d’état, des médecins et infirmiers qui ont fui, de la terrible pénurie de nourriture et de médicaments. »
Quelle est la responsabilité des habitants de Gaza dans ce qui se passe depuis le 7 octobre ?
« Ce ne serait pas juste de dire que tous les citoyens de Gaza sont Hamas. Qu’ai-je à faire avec eux ? Je n’ai jamais traité avec qui que ce soit de Hamas. Ils sont généralement dans leurs souterrains, et nous, dans nos maisons. »
Qui va diriger Gaza après la guerre ?
« Il est important de noter que Hamas n’a pas été complètement détruit. Hamas, ce n’est pas juste les gens qui dirigent le mouvement, c’est principalement l’idée. Même si vous arrivez à capturer ou tuer Sinwar et l’état-major, Hamas demeurera, ils seront remplacés. »
Le constat actuel : « tout le dégât émotionnel… les Israéliens traversent une passe profondément sombre. Dépression, insondable tristesse, et un manque d’espoir en quoi que ce soit de bon à venir. C’est exactement ce que les résidents de Gaza non-impliqués traversent. Pensez-y – où vont-ils reconstruire un foyer ? Comment y parviendront-ils ? »
Une issue en vue ?
« D’abord il nous faut un cessez-le-feu, et libérer les otages israéliens. Je suggère de tous les libérer en une fois, et mettre fin à la terrible souffrance des résidents de Gaza non-impliqués. » https://www.ynetnews.com/magazine/article/b1i002ppbc
OSER NOUS AFFRANCHIR DES TUTELLES DE RESIGNATION ET DES ZONES D’INCONFORT PASSIF.
Ce joug de minorité consentie, devenu pour ainsi dire une seconde nature.
Si la guerre est un « art », selon Sun Tzu, et d’autres observateurs de leur temps, en Orient comme en Occident, il ne sera pas vain d’aller chercher à son sujet des lumières autres que celles des pacifistes d’antan. Ainsi, dans le Tao, chez Lao Tseu :
« Là où campent les armées poussent épines et ronces, s’installe la disette.
L’homme de raison cueille le fruit et s’en tient là – frappe un coup décisif et s’arrête. »
Premier lundi de mai 2024
Pour Amiram Cooper, Haïm Peri, Yoram Metzger, qui ont entre 80 et 86 ans, c’est une question d’heures. « On nous agite l’objectif de Rafah comme si c’était l’outil qui va mettre fin à la guerre et apporter la victoire absolue – soyons honnêtes, ça ne va pas arrêter la guerre. Si nous n’avons pas de plan pour le jour après l’élimination complète du Hamas, rien ne changera, même après Rafah. » Avi Issacharoff, The Jerusalem Post, 5 mai 2024.
Halas ! Khlass ! ASSEZ !
Assez de torture pour les otages et leurs familles ! Assez de torture pour les centaines de milliers de personnes déplacées, Palestiniens et Israéliens !
Laissez-les rentrer chez eux !
Otages et civils de Gaza ne font plus qu’un.